ataraxosphere

Le blog de Frédéric Kelder (contribuable d'Aubervilliers et de Noisy-le-Sec) et de Florent Zanetti (résident de Paris 13ème). Réflexions citoyennes pragmatiques, sans tabou ni clanisme.

02 mai 2011

Trève de naïveté sur les 35h

J'ai fait du tri dans mes papiers hier et j'ai retrouvé plein d'ébauches de billets plus ou moins aboutis qui traînaient, je vais pouvoir reprendre les publications ^^

Lorsque j'avais abordé ce sujet (en partie suite aux élucubration de Valls et de Copé), j'imaginais que le pseudo-débat sur le temps de travail se tenait dans un cadre relativement raisonnable et partagé, du style "la gauche pour les 35h et la droite pour les 40h, avec des heures supplémentaires mieux payées". C'était faire preuve d'une naïveté confondante.

Je me suis aperçu que des positions caricaturales perduraient, et massivement. D'un côté de nombreux gauchistes (politiques ou syndicaux) totalement inconscients des réalités économiques exigent que la durée hebdomadaire de travail soit fixe et complète, avec un très faible contingent d'heures supplémentaires fortement surpayées, tandis que d'un autre côté de nombreux dyslibéraux (politiques ou patronaux) totalement inconscients des réalités sociales et humaines réclament la fin de la majoration de salaire pour les heures supplémentaires voire carrément la fin de la durée légale du travail. On se demande dans quel monde vivent certaines personnes...

S'il est évidemment inadmissible de renoncer à un seuil hebdomadaire légal (au niveau du plancher, comme du plafond d'ailleurs...), pour des raisons aisément compréhensibles de dignité humaine et d'organisation pratique (les gens ne sont pas des kleenex ; les gens doivent pouvoir compter sur un revenu minimal pour assurer les frais de leurs foyers ; etc), il l'est tout autant de refuser une certaine souplesse au système, pour des raisons d'efficacité économique et de liberté individuelle (les fluctuations de l'activité de l'entreprise requièrent parfois des adaptations, sans forcément passer par un recrutement même temporaire, que ce soit pour des raisons de volumes ou de délais ; certaines personnes peuvent avoir envie ou besoin de travailler plus, par intérêt personnel ou pour arrondir les fins de mois ; etc).

L'établissement d'une durée légale du travail (simple seuil pour une base de calcul, comme je le développais précédemment), assorti de la possibilité d'effectuer des heures supplémentaires, en nombre suffisant et mieux payées (pour limiter les abus), tout cela offre donc un compromis social et économique raisonnable. Plus encore, la fixation de cette durée à 35h, avec une majoration de 10% pour les premières heures supplémentaires (et de bien plus pour les suivantes), est dans ce cadre un très bon équilibre. En effet, du point de vue de l'entreprise, cela facilite les choses en cas de baisse de l'activité, dans la mesure où le seuil de déclenchement du chômage technique est plus bas et la marge de manoeuvre dans la diminution de masse salariale plus importante, tandis que la majoration des premières heures supplémentaires n'est pas rédhibitoire (+10% sur 10% du volume total, ça fait seulement 1% d'augmentation, ce qui n'est pas négligeable mais pas non plus ruineux). Et du point de vue du salarié, cela lui offre un plancher convenable, à la fois suffisamment élevé pour assurer ses besoins, et suffisamment bas pour lui permettre d'avoir d'autres activités (associations, famille, loisirs, etc), tout en pouvant effectuer des heures supplémentaires majorées ce qui lui permet d'augmenter ses revenus si c'est volontaire ou d'être mieux rétribué (ou plus souvent en congés) en compensation si ça ne l'est pas.

Les 35h offrent donc une importante flexibilité aux entreprises, qu'elles peuvent compléter par le recours aux contrats à temps partiel et/ou à durée déterminée (dont il faudrait toutefois songer à limiter la proportion au sein d'une même entreprise car on a constaté des abus ; ces solutions doivent constituer des appoints provisoires et non un mode de fonctionnement global et pérenne), les critiques à leur encontre sont en grande partie injustifiées dans le contexte actuel. Revenons rapidement sur certaines d'entre elles.

Sur la désorganisation réelle ou prétendue, cela a pu être le cas lors de leur instauration, mais il ne faudrait pas pousser le bouchon, plus de dix ans après, cette jérémiade ne tient plus. Les problèmes subsistant en milieu hospitalier découlent de l'absence de recrutements compensatoires, quant aux très petites entreprises, des exemples concrets montrent que les adaptations sont parfaitement possibles, le milieu professionnel (ou le pouvoir politique si cela s'avère nécessaire) doit s'en saisir pour diffuser les "bonnes pratiques". Observons même que ce serait désormais le retour en arrière qui engendrerait le bazar =p

Sur le surcoût réel ou prétendu, il y a eu effectivement des ajustements importants lors de l'instauration, mais là encore il faut replacer cela dans le contexte : il y avait d'une part un aspect de rattrapage sur la modération salariale antérieure et d'autre part (et surtout) cela a ensuite été amplement compensé par la progression très faible des salaires (il y a même eu des "gels"). On peut citer aussi les allègements de charges considérables qui ont accompagné le mouvement, les gains de productivité importants (qui placent le pays dans le peloton de tête au niveau mondial), ou encore la possibilité de substituer les majorations de salaire par des congés. Donc cet argument n'en est plus un (même si on revient sur les allègements de charges, ce qu'il faudra faire étant donné le coût pour les finances publiques).

Sur les prétendues difficultés en termes d'adaptation aux fluctuations d'activité, pour un volume supplémentaire l'entreprise peut recourir au recrutement (fût-il temporaire ou partiel) ou à une extension des heures des salariés (le surcoût de 1% reste parfaitement gérable, d'autant plus qu'il s'inscrit alors dans un contexte de hausse des bénéfices...), en clair les effectifs réels ne changent quasiment rien au niveau financier (les heures de travail sont payées et puis c'est tout), il ne faut pas exagérer les choses.

En fait, les seuls problèmes qui subsistent et que l'on peut facilement solutionner en les supprimant, c'est d'une part les allègements de charges (qui n'étaient pas conditionnés à des recrutements, et qui, s'ils étaient peut-être justifiés pour faciliter la transition, coûtent désormais trop cher aux finances publiques) et d'autre part les effets pervers de l'annualisation (recours à des heures supplémentaires non majorées et compensées par de simples congés – même si en l'occurrence on ne peut pas généraliser et l'appréciation doit se faire au cas par cas).

Indépendamment des polémiques sur le partage du temps de travail (que les comparaisons statistiques avec nos voisins européens éclairent singulièrement...) ou sur la "valeur travail" (que je défends fermement même si ce n'est pas toujours explicite), il me semble que l'un des débats qui pourraient avoir lieu aujourd'hui (et je n'ai pas encore d'opinion tranchée à ce sujet, d'autant plus qu'il faut inscrire cela dans une perspective globale, notamment envisager les différentes périodes au cours de la vie), c'est celui sur la semaine de 32h sur 4 jours, déjà en vigueur dans certaines entreprises...

Posté par fzanetti à 18:01 - Economie et Travail - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

  • Tu travaille encore sur papier ?

    C'est complètement has been ! ^^

    Posté par vincent15, 06 mai 2011 à 22:04
  • naméoh !
    1) En l'occurrence, je travaill-AIS (ils datent de 2009 voire 2008!).
    2) J'écris souvent dans le train, donc pas moyen de faire autrement.
    3) L'inspiration vient plus facilement quand je travaille de manière manuscrite, je ne sais pas pourquoi mais dactylographier directement m'est plus difficile, peut-être parce que cela requiert plus de concentration et monopolise une partie de mon attention...

    Posté par florent, 06 mai 2011 à 22:35

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