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Le blog de Frédéric Kelder (contribuable d'Aubervilliers et de Noisy-le-Sec) et de Florent Zanetti (résident de Paris 13ème). Réflexions citoyennes pragmatiques, sans tabou ni clanisme.

17 mai 2010

La science produit-elle des dogmes ?

1) Pour les non-spécialistes : OUI !


 Ne chipotons pas sur la diversité des disciplines scientifiques (il n’est pas très approprié de dire « la » science) ou sur les notions d’axiome ou de paradigme (*), le fait est qu’une personne qui n’est pas spécialiste du domaine concerné (qu’elle soit docteur dans un autre domaine ne change rien à l’affaire) n’est pas fondée à remettre en cause les résultats de l’activité scientifique en dehors des procédures usuelles (cf. plus loin). Elle n’a en effet ni le bagage culturel, ni les outils conceptuels et méthodologiques pour le faire ; au contraire du spécialiste, qui n’est pas nécessairement un génie mais qui est censé connaître son domaine et en particulier ce qui s’est déjà dit ou fait sur le sujet.

 Il convient néanmoins de nuancer et compléter un peu cette assertion brut(al)e…

 Tout d’abord, elle ne concerne que les sciences stricto sensu (qui n’est pas affaire d’opinions et où la controverse obéit à des règles bien précises, cf. plus loin) ; en sont notamment exclues les disciplines telles que l’économie ou la sociologie (qui n’en conservent pas moins une dimension de sérieux ou d’intérêt, mais c’est autre chose).

 Ensuite, elle ne signifie pas que le profane doive recevoir et accepter sans broncher tout ce qu’on lui raconte : s’il ne peut pas statuer sur le fond, il peut examiner la forme, et notamment s’assurer que les conditions de production des éléments considérés respectent bien les règles de probité et d’objectivité, notamment par l’indépendance et la représentativité (avec débat contradictoire) ; en sont potentiellement exclues certaines conclusions rendues par des institutions pourtant constituées de scientifiques (par exemple, au sujet des OGM…).

 Enfin (et c’est un vaste sujet sur lequel je reviendrai une autre fois), elle ne signifie pas que le citoyen ne doive pas être associé in fine au processus de décision lorsque des choix sont impliqués, directement ou à travers ses représentants élus (par exemple via des procédures rigoureuses d’information comme lors des « conférences de citoyens » - telle celle qui fut organisée au sujet des OGM en France en 1998 - ou d’autres encore, ainsi que le prônent des associations comme la Fondation Sciences Citoyennes ou les conclusions du Grenelle de l’Environnement) ; en sont donc exclus les phantasmes de « dictature des experts », car le spécialiste, s’il éclaire le choix politique et démocratique par son diagnostic et son ou plutôt ses pronostics, n’est aucunement prescripteur et la décision finale (arbitrant souvent entre plusieurs choix) appartient toujours à la société ou à ses représentants élus (y compris le choix de l’irresponsabilité, ce dont on ne s’est d’ailleurs pas privé comme le montre inlassablement l’Histoire… mais ne nous égarons pas).

 Sans forcément faire preuve d’autant de virulence qu’un Jean-Marc Jancovici, on ne peut qu’être excédé par les remises en causes des résultats scientifiques par des lobbies, groupes ou personnalités divers et leur abondante et aberrante médiatisation (sous couvert de liberté d’expression alors qu’il s’agit au mieux d’incompétence et au pire de mensonge délibéré) ; et quand bien même il serait parfois démontré que les résultats incriminés étaient erronés, cela traduirait avant tout des failles dans la pratique humaine (par exemple l’absence d’indépendance financière ou de controverse scientifique) et non dans la fiabilité des procédures elles-mêmes (qui sont -quasiment- inattaquables formellement).


2) Pour les spécialistes : NON !


 Evidemment que la (vraie) science ne fonctionne pas sur un modèle autoritaire excluant tout débat. C’est même tout le contraire : l’une des principales caractéristiques (et étonnamment, une condition et une grande force) du savoir scientifique, c’est sa réfutabilité. Sans détailler ni compliquer (*), disons qu’aussitôt publiée, une nouvelle idée, découverte ou proposition d’explication est soumise à une batterie de tests, critiques et autres examens rigoureux… et offensifs. Sa validation (ou plutôt sa corroboration) ne sera effective qu’à la condition d’avoir passé (avec succès) toutes les épreuves, être compatible avec tous les éléments connus et en rendre compte efficacement – ainsi que d’autres critères (dimension prédictive, etc) qu’il serait fastidieux de développer ici.

 Un savoir scientifique admet parfaitement la contestation, pour peu que celle-ci obéisse à des règles et se soumette aux mêmes processus d’examen : il n’est pas question d’affirmer tout et son contraire sans fondement pour le simple plaisir de polémiquer, il faut s’accorder avec les connaissances existantes et accepter l’analyse critique…

 La science progresse notamment en apprenant de ses erreurs (provisoires) et le savoir disponible à un moment donné ne sera plus forcément valable dans le futur (même si souvent, on le considèrera alors plus comme une approximation que comme une réelle erreur) : rien n’est définitivement acquis, mais l’état des connaissances dans un contexte donné constitue LA référence en usage (ne serait-ce que pour des raisons pratiques…) et c’est avant tout aux spécialistes qu’il appartient de la faire évoluer…


 (*) Les plus pressés se contenteront de lire Popper et Kuhn ; les plus curieux remonteront à Bacon, Spinoza, Descartes et Pascal et poursuivront par Wittgenstein, Putnam, Russell, Bachelard et d’autres encore…

Posté par fzanetti à 03:47 - Culture - Commentaires [7] - Permalien [#]

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