ataraxosphere

Le blog de Frédéric Kelder (ex-candidat MoDem du canton Aubervilliers Ouest en 2008) et de Florent Zanetti (résident de Paris 13ème). Réflexions citoyennes pragmatiques, sans tabou ni clanisme.

09 février 2009

Le libéralisme, cet attracteur étrange...

Je réponds enfin à la chaîne de Claudio qui a (ré)activé les réflexions que je mène depuis les élections présidentielles de 2007 (lorsque j'ai découvert le riche blog de L'Hérétique). Cette chaîne m'a contraint à faire un bilan d'étape, alors que j'ai horreur de présenter des travaux incomplets, mais aussi à mettre un peu d'ordre dans mes idées et finalement ce n'est pas si mal... Voici donc quelques idées en vrac.

Pour revenir au titre, à mon sens le libéralisme est un peu au laisser-faire ce que le chaos est à l'aléa... c'est-à-dire un sous-espace des possibles. Sur la forme aussi, j'aime assez la métaphore de l'objet lorenzien car je trouve qu'elle illustre plutôt bien la situation :
- quiconque d'honnête se donnant la peine de réfléchir objectivement y vient inéluctablement (aspect attraction), et il serait absurde de se prétendre antilibéral sans avoir de mauvaises intentions ;
- pour autant, il ne s'agit pas d'anomie mais bien de gérer le paradoxe (aspect étrangeté) - et même parfois le conflit - existant entre libertés individuelles et collectives (respect d'autrui), de trouver un délicat équilibre entre liberté et responsabilité, que j'appellerai autonomie optimale.

Curieusement, lorsque j'ai commencé à me demander ce que j'allais écrire dans ce billet, j'ai eu tendance à chercher à définir ce que le libéralisme n'est pas. C'est sans doute une question de vocabulaire médiatique, comme l'a rappelé Claudio et comme Jean-François Kahn l'explique depuis des années. Ainsi, pour moi le libéralisme n'est pas l'égoïsme ni le laisser-faire, ne consacre aucunement la liberté du renard dans le poulailler. Ceux qui se réclament actuellement du libéralisme ne seraient donc pas de vrais libéraux, pour les distinguer JFK parle à leur sujet de néolibéralisme ou d'ultralibéralisme. Je me considère libéral (à tort?), mais à l'instar de Claudio il semble que les tests politiques aient du mal à me situer... je ferai un billet là-dessus à l'occasion.

Un système réellement libéral doit garantir la liberté de chacun (c'est un peu la question des libertés formelles versus réelles). Cela suppose une forme d'égalité, stricte devant le Droit, à définir en ce qui concerne les capacités d'action individuelles (car il ne s'agit pas non plus de céder aux sirènes gauchistes de l'égalitarisme, dont on constate les effets désastreux). Je rejoins les propos de Claudio et de L'Hérétique sur les libertés négatives (pas d'entraves injustifiées à l'action) et les libertés positives (possibilités et moyens d'action eux-mêmes).

Un système réellement libéral doit comporter la prise en compte des impacts d'une (in)action. Ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui. Elle est donc limitée et ne saurait être dissociée de la responsabilité. Que cela plaise ou non, on ne vit pas dans une bulle : tout acte a des conséquences sur autrui, qu'il faut donc prendre en compte pour ne pas lui nuire. En allant plus loin, il faut même reconnaître que l'on est redevable à la société. Je n'irai cependant pas jusqu'à parler d'holisme. Non pas un déterminisme strict, mais le respect de règles communes (le Droit), dans un souci de responsabilité. Dans ce cadre seulement, les actions relèvent du choix de l'individu. Pas plus qu'il ne s'agit de nier l'individu, il ne s'agit de nier la collectivité. Comme le rappelle très justement Claudio, une personne est à la fois un individu ET un membre d'un groupe.

Le libéralisme garantit les droits fondamentaux, la justice et la sécurité. Il garantit la liberté de conscience, d'opinion, de choix, d'expression ; il touche des domaines aussi cruciaux que l'éducation et l'information (indépendante et objective...), permet l'échange et le débat. Il appelle immanquablement la démocratie (avec tout ce que cela implique). Il est tolérant, ou même neutre, pour ce qui relève de la sphère privée : notamment sur des questions comme les moeurs et l'euthanasie (ce qui concerne la seule personne sans impact sur autrui, ce qui se passe entre deux adultes consentants, ne regarde pas la société).

Dans la mesure où il consacre à la fois la liberté et la responsabilité individuelles, le libéralisme limite, sans les supprimer, les contraintes. Il relève :

- de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen

"pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits"

- comme de la règle d'or et de l'impératif kantien

"traite autrui comme tu voudrais qu'autrui te traite".

Le libéralisme n'implique pas la dérégulation à tout crin, ni que l'Etat se limite forcément aux seules fonctions régaliennes. Si l'Etat est démocratique (ce qui inclut la séparation des pouvoirs ; mais n'implique pas une dictature de la majorité), il est l'expression de la volonté citoyenne (dont il n'est qu'un intermédiaire) : des actions s'avèrent donc possibles, voire nécessaires, en des domaines variés (contrat : droit positif ; actions communes/coordonnées ; notion d'échelle cf. infrastructures). Je laisse de côté les épineuses questions de la décentralisation et de la concurrence (souvent associées au libéralisme), que je traiterai une prochaine fois. Cette chaîne m'a donné l'occasion de me promener sur le blog de LOmiG, et si je suis en désaccord avec une partie de ce qu'il raconte (ne parlons pas de sa petite bande hargneuse), je reconnais qu'il apporte des éléments très intéressants, au moins en ce qu'ils suscitent la réflexion et le débat. J'ai même beaucoup aimé sa conception ascendante de la subsidiarité (à rebours de la conception descendante classiquement admise), que je vais creuser...

En conclusion, pour moi le libéralisme consiste à laisser faire (choix individuel) ce qu'il n'est pas justifié de contraindre ou d'empêcher (pour des raisons de responsabilité et de prise en compte d'autrui) : la marge de manoeuvre existe (pas de prescription ni de limite superflues) mais n'est pas infinie (comme avec l'attracteur étrange de Lorenz...). Il instaure donc ce que j'appelle l'autonomie optimale.

EDIT : à une heure pareille, j'en avais malencontreusement oublié de taguer BGR, Joseph, KPM, Nicolas, Vincent et Mirabelle ; puisqu'ils ont déjà été tagués j'attends avec impatience les réponses de Marie-Laure, KaG et le Crapaud (Oaz et Hervé eux ont déjà répondu).

Posté par fzanetti à 03:30 - Politique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

C'est fait ! Bises

Posté par Mirabelle, 11 février 2009 à 01:10

fait

Posté par vincent15, 13 février 2009 à 19:19

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